27.

VAN ORLEY, Richard

"Les avantures de Telemaque fils d'Ulÿsse &c.".

[1721]

Suite de 86 superbes dessins, plume, encre bistre et lavis d'encre de Chine, 17 x 23,4 cm au TC, sur 86 ff. de vergé filigrané au lys dans un cartouche couronné et "Villedary" 25 x 38,5 cm; numérotés 1-86 et légendés dans la partie inf.

Posés sur ff. de vergé gris, dans un volume, 40 x 27 cm, basane mouchetée ancienne, dos lisse muet. Dans un emboîtage postérieur en maroquin brun. Très belle condition.

Avec son ancêtre le peintre Bernard ou Barend van Orley (c. 1488-1541) et son frère le peintre cartonnier Jean van Orley (1665-1735), Richard van Orley (1663-1732) est l'un des membres les plus célèbres de cette dynastie bruxelloise originaire du Luxembourg et établie dans le Duché de Brabant dès le milieu du XVe s. S'il réalisa peu de tableaux, ses miniatures à sujets mythologiques lui assurèrent un succès international et figurèrent dans des collections d'amateurs avertis. Cependant, c'est dans son oeuvre dessiné et gravé qu'il se montra le plus productif, le dessin étant véritablement au coeur de son oeuvre. Outre "Télémaque", il réalisa 2 grandes suites : 230 dessins pour les "Antiquités juives" de Flavius Josèphe, ayant appartenu au ministre plénipotentiaire Charles de Coblenz avant de passer dans la collection de Catherine II de Russie, et 68 dessins pour l'"Histoire des accroissements de Rome" de Tite-Live. Fort apprécié au XVIIIe s. et notamment par les érudits critiques de l'art flamand et hollandais G.-P. Mensaert et J.-B. Descamps, van Orley subit au XIXe s. et jusque dans les années 1980 le discrédit général et sans nuance attaché à l'art flamand du XVIIIe s. "Le catalogue de son oeuvre, réduit à une quarantaine de numéros jusqu'ici, en compte désormais près de mille, constitués pour la moitié de dessins, d'une quarantaine de miniatures et d'une dizaine de tableaux. Quant à la gravure, si l'étude a révélé 65 planches originales de l'artiste, elle permet, en raison des quatre cents gravures effectuées par d'autres d'après les compositions de van Orley, une réévaluation de la richesse et de l'originalité du milieu des graveurs bruxellois et anversois entre 1690 et 1740" (Jacobs, p. 11). La suite s'ouvre sur un splendide autoportrait en médaillon de l'artiste désignant de la main un feuillet titré comme ci-dessus, présenté par de gracieuses figures allégoriques féminines et légendé "Effigie de Richard van Orleÿ dessignateur à Bruxelles. agée de 58 ans an 1721. dessigez par luÿ meme". Suivent 85 dessins illustrant "Les aventures de Télémaque" dont l'édition originale était parue à Paris en 1699. Se présentant comme une suite de l'"Odyssée" et contant les aventures de Télémaque fils d'Ulysse, ce roman d'apprentissage et d'aventures fut écrit pour former et amuser le duc de Bourgogne dont Fénelon était le précepteur. Publié à l'insu de l'auteur, il connut un succès immédiat, ainsi que d'innombrables rééditions, contrefaçons, traductions et critiques. En raison de sa portée politique (il critique implicitement l'autocratisme de Louis XIV), Fénelon, déjà condamné par Rome pour son adhésion au quiétisme, banni de la Cour et contraint de se retirer dans son diocèse de Cambrai dont il était l'archevêque, se vit retirer la charge et la pension de précepteur des Enfants de France. L'ouvrage connut des éditions illustrées tout au long du XVIIIe s., tant en France qu'à l'étranger. Elles comptent généralement 24 figures, soit une par livre. Notre suite présente donc une richesse tout-à-fait inusitée, l'artiste ayant très largement exploité les scènes les plus spectaculaires du livre. Il suit pas à pas Télémaque et le sage Mentor (en réalité la déesse Minerve) à travers toutes leurs aventures dans le monde antique, de l'île enchantée de Calypso à leur retour à Ithaque, ayant successivement visité la Sicile, l'Egypte, la Phénicie, Chypre, la Crète, Salente (la ville idéale), les Enfers et le "noir Tartare" et enfin une île déserte où le héros voit Ulysse sans le reconnaître; l'oeuvre se termine au moment où Télémaque retrouve enfin son père dans la cabane du porcher Eumée. Au cours de son cheminement et sous la direction avisée de Mentor, Télémaque aura aussi accompli un voyage initiatique, subi douloureusement mais profitablement les épreuves du coeur et de l'amour et appris par sa rencontre avec diverses formes de gouvernement à devenir un bon roi. En effet, cet ouvrage à visée pédagogique - Fénélon écrivit plusieurs ouvrages à l'usage des enfants royaux et de la jeunesse - oppose en maintes scènes le bon roi au tyran, le gouvernement sage au despotisme, la prospérité de la Nation à la misère. Grâce à la circumnavigation des protagonistes, les personnages qu'ils croisent et les paysages dans lesquels ils évoluent, tant idylliques qu'urbains ou marins, le livre est un prétexte idéal à l'illustration de scènes variées, champêtres, militaires, guerrières, mythologiques, ainsi qu'à de superbes représentations maritimes et architecturales. "Roman poétique qui entendait prolonger l'Odyssée en introduisant dans sa narration des personnages, des lieux, des références connues et appréciées, les "Aventures de Télémaque" ne pouvaient qu'enflammer l'imagination fertile de Richard van Orley (...) Toutefois, si van Orley s'est conformé au texte de Fénelon, il a cherché à en prolonger la féerie littéraire en multipliant les artifices scéniques, ainsi que les détails pittoresques issus de sa propre invention (...) S'il est respectueux des règles classiques d'unité de temps, de lieu et d'action, van Orley ne dédaigne pas de doter certaines scènes de diverses actions simultanées, telle la scène dans laquelle Vénus vient trouver Neptune tandis qu'au loin le navire transportant Télémaque vogue vers Ithaque" (Jacobs, p. 105-106). Outre leur remarquable organisation spatiale, les dessins de van Orley se caractérisent par une multitude de détails pittoresques et savants et par la minutie avec laquelle il représente la finesse des ornements, notamment dans le rendu des draperies qui virevoltent, des flots mouvementés, des arbres et des feuilles frémissants, des arrière-plans paysagers... Notons encore les subtils clairs-obscurs et la virtuosité des lavis qui par endroit donnent l'illusion de la polychromie. Si on considère la date de 1721 comme un terminus ad quem, il est intéressant de noter que cette suite fut conçue et réalisée moins de vingt ans après la parution de l'ouvrage, ce qui offre un aspect des plus intéressant sur la diffusion de cette oeuvre de Fénelon en particulier et sur son influence dans nos régions en général. En effet, l'archidiocèse de Cambrai dont Fénélon était l'archevêque inclut le Hainaut d'antan juqu'à la réforme territoriale des diocèses en 1801. Par ailleurs, contrairement peut-être au souhait ou à l'intention de l'artiste, cette suite ne fut jamais transposée en gravures. Expositions : "Les richesses de la bibliophilie en Belgique", Bruxelles, KBR, 1958, p. 75. "Richard van Orley", Bruxelles, KBR, 2003-2004, p. 103-109. "Voyages dans ma bibliothèque", Bruxelles, Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, KBR, 2015, n. 65, pp. 140 et 159. Provenances : Collection J. Capron, Bruxelles, 1875, n. 444. Collection du comte de Sauvage, membre de la Société des Bibliophiles de Belgique, vente à Bruxelles, 1880, suite insérée dans un exemplaire de l'édition de 1790. Collection particulière. Ref. J.-B. Descamps, III, 1760, p. 301. - G.P. Mensaert, 1763, pp. 32-33. - A.-J. Wauters, XVI, col. 286 et 1902, p. 53. - H. Cohen, Paris, 1912, col. 387. - Fr. de Vaucleroy, "Richard van Orley, 'Les avantures de Télémaque'", mémoire pour l'Institut Supérieur d'Archéologie et d'Histoire de l'art, MRBA, Bruxelles,1985-1986. - A. Jacobs, "Richard van Orley (Bruxelles 1663-Bruxelles 1732)", catalogue d'exposition, Bruxelles, KBR, p. 103-109.

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